mint tea party // le dernier bavement
Puis je passe souvent dans les rues oĂč il y a des cafĂ©s et je regarde ce que les gens ont dans leurs tasses, dans leurs assiettes ou dans leurs bols. C’est toujours vraiment trĂšs bien prĂ©sentĂ© quand ça arrive sur la table. Mais moi, mon tableau prĂ©fĂ©rĂ©, c’est quand les clients du cafĂ© viennent de quitter la table, posent quelques piĂšces de pourboire et chiffonnent les serviettes dans les restes de leurs assiettes. Il y a toujours un peu de sauce qui sĂšche et qui durcit sur un cĂŽtĂ© bien prĂ©cis, lĂ oĂč on ne voulait pas mĂ©langer, juste goĂ»ter. Il y a aussi la feuille de physalis et les cruditĂ©s que certains ne mangent pas pour ne pas gĂącher leur faim du reste, du principal, et les pĂ©pins. Je fais parti de ceux qui demande sans sauce pour ne pas la laisser s’Ă©cailler sur le cĂŽtĂ©. Je fais trĂšs attention une fois que j’ai fini de manger Ă bien ordonner mon dĂ©sordre, composer mon tableau de dĂ©chet pour que le mĂ©lange de fin d’appĂ©tit ressemble Ă quelque chose.
J’apporte une attention particuliĂšre aux feuilles de menthe fraĂźches boursouflĂ©es dans un grand verre de thĂ© froid qui gisent Ă©parpillĂ©es au fond et sur les parois comme des corps noyĂ©s repĂȘchĂ©s des mois aprĂšs l’annonce de leur perte. Sauf que lĂ , les feuilles de menthes dĂ©naturĂ©es, tout le monde s’en fout. C’est triste, il faut procĂ©der Ă l’enterrement. Les entasser au fond du verre avec la longue cuillĂšre du long verre Ă thĂ©, trĂšs fort, et leur faire baver une toute derniĂšre fois leur jus froid.
