(please read this with the saddest song about sunshine that you know and try to imagine how your body is floating across the waviest ocean that lives on earth and beyond )
DE LA NUDITE D’UNE TARTINE D’ETE
Comme si à travers la feuille des arbres
l’ombre habitait son visage
Et que sous un sable un peu trop cuit
son dos craquelait sur un grain sec
qui lui griffe la colonne
Et ça lui fait l’effet d’une main pinçante
qui tire la peau
mais douce aussi, grâce à sa bouche,
Abricot
La planitude d’une tranche de pain
un peu chaude
Recouverte de miettes
terriblement côtes à côtes
engluées d’une sueur froide
pêche abricot
C’est l’été.
Je suis sur un par terre
Une terre,
Un seuil
Un corps qui sépare
embarcadère de départ
qui dépouille mes poches que je retourne
une part de tarte
et quelques miettes
C’est l’été
une paupière se ferme
un poisson chante
sans que je sache ma peau se délisse
sa main se glisse
sur une petite poche qui contient
le musc le gingembre
là entre mes poitrines
là où l’été siffle nos lèvres
Les doigts s’effilent
un peu,
le temps que le ponton creuse une souche
à l’arbre de notre fuite.
Un bout d’eau froide
tâche ma robe d’une seule larme
la gêne de voir un départ partagé
Potager aromatique
d’une mer céleste vers cette autre rive cachée
La vague est calme,
pourtant le sable est chaud
Le bruit d’un sol qui grouille s’est tue
pour le moment
Tartines sablées enlacées
une confiture de fleur
qui sépare ses pétales
comme on tirerai la langue d’une tige
timide
jusqu’à ce qu’elle se détache
Un habit froissé contre mon dos
Comme on laisse une chemise en triangle
sur une chaise
le soir déjà trop tard.
La confiture chaude a coulé
Une petite tâche sur une enveloppe déserte
d’une lettre sans nom qui ressemble plutôt
À un mot laissé sur le ventre rond d’une table en bois
quelque part entre la cuisine et le seau d’au revoir
Le cou se serre
et sa voix part
Le tremblement des corps
ne démêlera plus les voiles tissées qui soufflent seule
Et font voler un cheveux sauge
À l’angle de ce qui nous attend.
Là,
sur un point de ton visage
sur le point mauve
de la confiture encore chaude une petite
brise
calme laisse une empreinte
sur l’encreur de nos bouches


ce petit bout de texte a été lu lors de la Lesebühne du Réseau des Autrices Francophones de Berlin,
le 08 juillet 2022. Il faisait chaud et il pleuvait aussi, un peu des deux.