Le froid coule sur les branches et les fenêtres rafraîchissent les interieurs Interieur Mais l’intérieur de quoi? A l’intérieur de soi coule la froideur, Comme sur les branches mais en plus grand, mais en plus froid Et puis ça fait des fils, des fils glacés mais qui réchauffent aussi. Interieur A l’intérieur il fait chaud normalement A l’intérieur il fait bon y être Mais à l’intérieur de moi il fait vide et froid Comme un déménagement, Comme une fin d’appartement où l’on oublie ses meubles Ca sent le plâtre nu et la résonance. Mais c’est bientôt fini, Je prends refuge dans mon oeuf.
Puis je passe souvent dans les rues où il y a des cafés et je regarde ce que les gens ont dans leurs tasses, dans leurs assiettes ou dans leurs bols. C’est toujours vraiment très bien présenté quand ça arrive sur la table. Mais moi, mon tableau préféré, c’est quand les clients du café viennent de quitter la table, posent quelques pièces de pourboire et chiffonnent les serviettes dans les restes de leurs assiettes. Il y a toujours un peu de sauce qui sèche et qui durcit sur un côté bien précis, là où on ne voulait pas mélanger, juste goûter. Il y a aussi la feuille de physalis et les crudités que certains ne mangent pas pour ne pas gâcher leur faim du reste, du principal, et les pépins. Je fais parti de ceux qui demande sans sauce pour ne pas la laisser s’écailler sur le côté. Je fais très attention une fois que j’ai fini de manger à bien ordonner mon désordre, composer mon tableau de déchet pour que le mélange de fin d’appétit ressemble à quelque chose.
J’apporte une attention particulière aux feuilles de menthe fraîches boursouflées dans un grand verre de thé froid qui gisent éparpillées au fond et sur les parois comme des corps noyés repêchés des mois après l’annonce de leur perte. Sauf que là, les feuilles de menthes dénaturées, tout le monde s’en fout. C’est triste, il faut procéder à l’enterrement. Les entasser au fond du verre avec la longue cuillère du long verre à thé, très fort, et leur faire baver une toute dernière fois leur jus froid.
La pluie pleure sur commande Elle doit se pincer la main Dans sa poche Et se concentrer très fort Penser à quelque chose de triste Peut-être Mais sans être mélancolique Parce que ce n’est pas la même chose Ni nostalgique Parce que c’est encore pire Sans oignon qui lui pique les yeux, Juste pleurer sur commande Comme chaque pluie Et chaque jour pluvieux Et chaque envie de renverser Un verre d’eau plate sur une table basse